Histoire du peuplement de Kindia
Page d’histoire.
Avant que les noms de Kindia résonnent dans la bouche des griots, la terre était déjà foulée. Les Soumah habitaient Kindia bien avant l’arrivée des Diallonka de Faranah. Maîtres du sol, ils furent les Yatigui, les hôtes, ceux qui tendent la calebasse d’eau à l’étranger.
Puis vint le temps des fondateurs. Du Sankaran profond, les Diallonka descendirent, menés par Manga Kindi et Manga Frigui. C’est à eux que Kindia doit son nom et ses premières bornes. La brousse s’ouvrit, les cases s’alignèrent, et le village devint cité.
Sur leurs pas, le bruit des caravanes monta de l’Est. Des Sarakolés venus de Gaya, à la frontière du Mali et de la Guinée, s’avançaient. Marchands d’hommes et de bêtes, ils allaient vers la côte troquer leur cargaison. Leur chef se nommait Lamba Kanté. Mais la terre de Kindia les retint. Ils plantèrent leurs tentes, et de leur camp naquit Sarakoléa, quartier du commerce et du voyage.
Le XIXe siècle vit arriver une autre force : les Peulhs. Elhadj Sékou Boubacar Camara, notable de Tafory, raconte qu’un pacte ancien liait un Almamy du Fouta aux chefs Sosso. Commerce, foi, quête de pâturages… les raisons se mêlaient. Le premier fut Thierno Tanou de Télimélé. Les sages de Tafory l’accueillirent. Avec leur bénédiction, il s’établit à Gbéréakori Missidè et y dressa la première mosquée de Kindia. La prière eut désormais sa maison.
Après lui, Thierno Djiby Thiam, venu du Fouta Toro, fut reçu par les Sarakolés. Les notables de Comoya lui donnèrent une terre. Aujourd’hui, le lieu porte son nom : Thierno Djibiya. Et la vague ne s’arrêta plus. Peulhs et Toucouleurs s’enracinèrent, génération après génération. Le Waliou de Gomba, au début du XXe siècle, en fut l’un des héritiers.
Les Maninkas suivirent. Parmi les pionniers, Sékou Sinani Touré fonda Sinanya. Plus à l’Est, le marabout Fodé Moussa Keïta de Djélibakoro quitta Tafory avec les Kourouma, Fofana et Souaré. Ils s’enfoncèrent dans le Wondi, la forêt dense. De cette clairière naquit Wondima. Plus tard, les Chérif les rejoignirent et gardent encore aujourd’hui la lampe de la religion.
De Touba, dans Gaoual, arrivèrent les Fadiga. Premiers Diakankés de Kindia, ils s’installèrent à Condétta. Grands marabouts, porteurs de science, ils bâtirent la première grande école coranique. L’encre et la parole firent reculer l’ombre.
Quant aux Forestiers, Kpèlè, Kissi, Toma, ils vivaient à l’abri de leurs arbres. Le monde ne vint à eux que tard. La première vague déferla au début du XXe siècle, quand les Blancs plantèrent le café et la banane pour l’export. La seconde vague porta l’uniforme : tirailleurs de 14-18, anciens combattants de 39-45. Les derniers arrivent encore, au rythme des affectations : ce sont les fonctionnaires, craie ou tampon à la main.
Ainsi se tissa Kindia. Terre des Soumah d’abord, puis carrefour des Diallonka, des Sarakolés, des Peulhs, des Maninkas, des Diakankés et des Forestiers. Chaque peuple posa une pierre. Et la ville tient debout sur toutes ces mémoires.