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CRIEF / Affaire OGP : le paradoxe d’une enquête qui interroge, le responsable des dégâts libéré, le redresseur convoqué

CRIEF / Affaire OGP : le paradoxe d’une enquête qui interroge, le responsable des dégâts libéré, le redresseur convoqué

 

Maintenant que la fièvre de l’hypermédiatisation de l’affaire OGP a baissé, Gbassikolo revient sur l’un des plus gros scandales de gouvernance de ces dernières années en Guinée.

 

Au commencement, il y avait une entreprise publique qui tenait sur ses deux pieds et marchait tant bien que mal avec un effectif de 110 personnes. Puis arriva le 5 septembre 2021 et la nomination le 15 décembre de la même année d’un nouveau directeur, en la personne de Mandian Sidibé, de retour d’exil.

 

Jusque-là, l’ordre normal d’une administration qui change.

Puis le nouveau directeur de l’OGP, se mit à recruter à tour de bras: en une année, on passe d’une centaine d’employés à près de 400 travailleurs alors que ni le chiffre d’affaires de la société, ni son capital de 2 milliards de francs guinéens n’ont changé.

C’est en ce moment que l’OGP commence à vivre nettement au dessus de ses capacités financières. Tous les compteurs sont au rouge dès la première année de gestion, mais l’actionnaire unique, l’État, laisse faire.

 

Tant que les posters géants, confectionnés à crédits, auprès des régies publicitaires, ornent les rues de Conakry avec des messages dithyrambiques, l’OGP peut continuer de couler.

 

Face aux premières alertes, on injecte du cash qui, à peine « récolté dans des pick-ups », disparaît ou tout au moins, prend une toute autre direction que les caisses de l’Office ou les poches vides des travailleurs, qui commencent à accumuler des retards de paiements, suivis très vite des arriérés de salaires déclenchant les premières grèves.

 

Grèves à répétions qui finiront par emporter, en décembre 2024, la Direction alors que la société est en cessation totale de paiement. Surendettée: au moins 80 milliards de francs guinéens de dettes. Pendant trois ans, l’OGP n’a versé AUCUN CENTIME à l’État. Coût de cette petite négligence: 52 milliards de dettes vis-à-vis des impôts.

 

Pas un centime à la CNSS pour la retraite de ses propres employés. Pour cet léger oubli de trois ans: 3,5 milliards d’impayés. Et ainsi de suite.

Un effectif pléthorique qui fait tout sauf… travailler.

 

Les fournisseurs, saisissent huissiers et tribunaux, en vain: une ardoise de plusieurs dizaines de milliards contractés n’importe comment, y compris sur de simples papiers volants.

 

En gros, l’OGP n’est plus qu’une coquille vide. Vidée de tout, exceptées justement de ses grosses difficultés, financières et structurelles.

 

C’est dans ce contexte que le Président nomme une nouvelle équipe dirigeante. Mais dès les premières heures, les observateurs les plus avertis remarquent un gros problème de casting.

 

Le tandem appelé à faire renaître et redresser l’OGP est atypique. Un blogueur, dont les seuls hauts faits d’armes connus sont des injures publiques sur les réseaux sociaux, est ramené au pays pour seconder le Directeur général, dont le parcours dans la communication et l’administration guinéenne est connue.

 

Il a déjà servi 5 années durant au ministère de la Défense où il a fait la connaissance, notamment, de l’actuel chef d’État. Nous avions titré à l’époque: Aladji Cellou, le Moïse de l’OGP ou le Pharaon de la propagande?

 

De propagande, il n’en fera point, car Aladji Cellou entame dès sa prise de fonction des réformes urgentes de sauvetage avec un plan stratégique de redressement. La magie opère.

 

En 5 mois, tous les arriérés de salaires accumulés durant des mois sont payés, non sans oublier les encours. L’OGP renoue avec ses partenaires. Les sourires commencent à être observés sur les photos des travailleurs, publiées par un service de communication redynamisé.

 

Aladji Cellou recommence à s’acquitter des obligations de l’entreprise vis-à-vis de l’État.

Résultats des courses après 18 mois d’exercice? 14 milliards de dettes (contractées entre 2021 et 2024) remboursés, 15 milliards de taxes payées à l’État, 35 milliards de salaires payés, 24 milliards en 2025 et 11 milliards du 1er janvier au 30 juin 2026.

 

Ce n’est pas tout: à cette date, l’entreprise affiche une trésorerie positive « insolente » de 13 milliards de francs guinéens dans ses comptes. Du jamais vu depuis tant d’années. Sur le plan logistique et organisationnel, les agences sont dotées de moyens de mobilité, une cinquantaine de motos floqués du logo de l’OGP sillonne la Guinée pour recouvrer les redevances.

 

Tous les loyers des différents sièges aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays sont réglés pour une année calendaire. Aucun licenciement n’est opéré en 18 mois. Aucune réduction de salaires, non plus.

 

Un recensement général de l’ensemble des panneaux publicitaires est réalisé sur toute l’étendue du territoire, avec pour la première fois, la cartographie, la géolocalisation et la digitalisation de l’ensemble du dispositif.

 

Un manuel de procédures est conçu par un cabinet d’experts et est en phase d’implémentation. Tous les voyants sont au vert.

 

Mais un problème demeure insoluble: les frasques du DGA qui ternissent l’image de l’OGP et sapent les efforts de redressement de son premier responsable.

 

Le DGA est d’abord averti par le ministre de l’information de l’époque, Fana Soumah. Motif? Celui qui avait transformé son bureau en studio d’enregistrement de ses pas de danse sur Tiktok a porté à la connaissance de l’ORDEF un prétendu détournement des redevances de la société MTN. Sans la moindre preuve. Jusqu’à ce jour. En janvier 2026, il est carrément suspendu de ses fonctions pour avoir publiquement porté des accusations contre des membres de la famille présidentielle et d’avoir publiquement porté atteinte à l’honneur du Premier ministre, Chef du gouvernement.

 

À l’OGP, où plus personne ne supporte sa dictature, on croit au miracle. Patatras: deux semaines plus tard, il est ramené à son poste par l’actuel ministre Mourana Soumah, contre l’avis de Bah Oury.

 

Dans la note levant sa suspension, il y est clairement indiqué qu’il doit se soumettre à un certain nombre d’obligations, parmi lesquelles, son retrait total de tous ses réseaux sociaux. Dès le lendemain de la publication de cette note dans la presse, le DGA, comme si de rien n’était est de nouveau sur Facebook, notamment, multipliant les invectives et s’invitant à tous les débats, sans que son ministère de tutelle ne lève le plus petit doigt.

 

C’est dans ce contexte qu’une fuite d’une altercation entre le désormais ex-DGA de l’OGP et des syndicalistes de la boîte inondent la toile.

 

Bien que son image n’apparaît nulle part dans ces vidéos devenues virales le week-end dernier, Aladji Cellou est lourdement sanctionné à travers un décret présidentiel qui met fin à ses fonctions, non sans oublier le DGA qui écope du même coup de fouet. Rien d’anormal, dirait-on. Sauf que celui qui a été agressé dans son bureau est frappé avec le même bâton que son agresseur. Malheureusement, les ennuis ne s’arrêtent pas pour l’ex DG.

 

Dès le lendemain, Aladji Cellou est convoqué à l’ORDEF pour présenter son rapport de gestion suite à une saisine de la CRIEF en date, notez-le bien, du 15 juin 2026, date de libération de… (devinez qui?) Mandian Sidibé.

 

En un mot ou en mille, on libère le responsable des dégâts, à sa place, on convoque celui qui a réparé ses dégâts, sauver 320 emplois et redonner le sourire à des centaines de personnes.

 

Alors, que deviennent les 78 milliards de francs guinéens présumés détournés ?

 

Un scandale dans le scandale.

 

Abdoul latif Diallo

Journaliste d’investigation

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