Accès des femmes à la justice : Madame Djéné Cissé appelle à briser la peur et à investir dans l’éducation des filles

À l’occasion du mois dédié aux droits des femmes, célébré chaque année autour de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, Madame Djéné Cissé, Substitut du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Kaloum, a livré une analyse sur les défis auxquels les femmes et les filles font face dans leur accès à la justice en Guinée.
Dans son intervention, la magistrate a souligné que plusieurs obstacles continuent de freiner les victimes lorsqu’elles souhaitent porter plainte ou faire valoir leurs droits. Parmi ces difficultés figurent notamment les pesanteurs socioculturelles, les contraintes économiques et la crainte de la stigmatisation sociale.
Selon elle, la peur d’être exposée ou jugée par la société constitue souvent un frein majeur pour les victimes. « Lorsqu’un cas est signalé, il arrive souvent qu’il soit rapidement relayé sur les réseaux sociaux. Cela crée un sentiment de honte et de peur chez les victimes », a-t-elle expliqué. À cela s’ajoutent également les pressions exercées par l’entourage familial ou le voisinage, qui dissuadent parfois les femmes de poursuivre une procédure judiciaire.
Madame Djéné Cissé a également insisté sur la dimension économique, qu’elle considère comme un facteur déterminant. Le manque de moyens financiers empêche de nombreuses femmes d’engager une procédure judiciaire ou d’en assurer le suivi jusqu’à son aboutissement.
Des violences encore fréquentes devant les juridictions
S’agissant des affaires les plus fréquentes portées devant les juridictions, la substitut du procureur indique que les cas de viol demeurent préoccupants. Elle note également une recrudescence des violences économiques, notamment les plaintes liées à l’abandon de famille.
Dans ce type de situation, l’époux ou le conjoint est accusé de ne pas contribuer aux charges familiales ou à l’entretien des enfants. « L’abandon de famille ne signifie pas uniquement quitter le domicile conjugal. C’est aussi le fait de ne pas assumer ses responsabilités financières envers sa famille », a-t-elle précisé.
À ces situations s’ajoutent les violences psychologiques, souvent marquées par les insultes, les discriminations et d’autres formes de pressions morales qui affectent les femmes dans leur vie quotidienne.
Le rôle central du parquet dans la protection des victimes
Dans la lutte contre les violences basées sur le genre, le parquet joue un rôle central. Madame Djéné Cissé rappelle que cette institution est en première ligne pour recevoir les plaintes, orienter les enquêtes et engager les poursuites contre les présumés auteurs.
« Le parquet constitue un maillon essentiel dans la protection des victimes, car il agit au nom de la société pour veiller à l’application rigoureuse de la loi », a-t-elle souligné.
Elle a également rappelé que la Guinée dispose aujourd’hui de plusieurs instruments juridiques destinés à protéger les femmes et les filles. Il s’agit notamment du code pénal, du code de l’enfant, ainsi que de plusieurs conventions internationales ratifiées par le pays.
Des mécanismes d’accompagnement pour les victimes
Au-delà du cadre juridique, plusieurs mécanismes d’accompagnement existent pour soutenir les victimes qui décident de saisir la justice. La magistrate cite notamment l’action des organisations de la société civile, des ONG, des cabinets d’avocats et des institutions engagées dans la défense des droits humains.
Ces structures collaborent souvent avec les autorités judiciaires pour accompagner les victimes durant les procédures et renforcer leur protection.
Un appel à l’éducation et à l’engagement des femmes
Profitant de cette période consacrée à la promotion des droits des femmes, Madame Djéné Cissé a adressé un message fort aux femmes et aux jeunes filles de Guinée.
Elle les encourage à ne pas avoir peur de défendre leurs droits et insiste particulièrement sur l’importance de l’éducation des filles. Selon elle, l’instruction demeure l’un des moyens les plus efficaces pour garantir l’autonomie et l’indépendance des femmes.
« Une fille bien éduquée, qui dispose d’un bagage intellectuel solide, sera mieux préparée à défendre ses droits et à s’affirmer dans la société », a-t-elle affirmé.
La magistrate a également invité les femmes qui ont bénéficié d’un parcours éducatif favorable à accompagner les jeunes filles, notamment dans les écoles, en partageant leurs expériences et en servant de modèles.
Pour Madame Djéné Cissé, la promotion des droits des femmes ne doit pas être uniquement l’affaire de l’État. Elle appelle aussi à une mobilisation collective afin de soutenir les nouvelles générations et contribuer à bâtir une société plus juste et plus équitable.