Justice en Guinée : Briser le silence et les barrières pour les droits des femmes
Malgré les avancées législatives, l’accès des femmes et des filles à l’appareil judiciaire guinéen demeure un parcours de la combattante. Entre pesanteurs sociales, précarité économique et sous-représentation féminine dans les instances de décision, le chemin vers l’équité est encore semé d’embûches.
Un diagnostic sans complaisance s’impose pour transformer une justice souvent perçue comme lointaine en un véritable rempart protecteur.
Le premier obstacle n’est pas juridique, mais sociétal. Dans de nombreuses localités, les « pesanteurs socio-culturelles » imposent une loi du silence dévastatrice. Pour inverser la tendance, une mobilisation sans précédent des leaders d’opinion chefs communautaires, religieux et acteurs médiatiques est indispensable.
L’objectif ? Déconstruire les préjugés qui culpabilisent les victimes et faire de la dénonciation des violences un acte de citoyenneté plutôt qu’un tabou.
L’aspect financier constitue la seconde barrière majeure. Pour une femme en zone rurale ou en situation de précarité, s’offrir les services d’un avocat relève souvent de l’impossible. Le déploiement massif de cliniques juridiques et de centres d’écoute sur toute l’étendue du territoire est une urgence absolue.
En garantissant une assistance juridique gratuite, l’État permettrait aux victimes de ne plus être de simples spectatrices de leurs propres tragédies.
L’autre levier de changement réside dans le visage même de la justice. La présence accrue de femmes magistrates, avocates, policières et greffières n’est pas qu’une question de parité, c’est une question de confiance. Une victime de violence de genre se confiera plus aisément à une officière de police formée, favorisant ainsi une meilleure prise en charge des faits et évitant la banalisation des dossiers.
Voter des lois est une chose, les appliquer en est une autre. La formation continue des acteurs de la chaîne pénale est le maillon faible qu’il faut renforcer. Éviter la négligence et assurer un accompagnement psychologique et économique solide sont les conditions sine qua non pour que les plaignantes ne fassent pas machine arrière par peur de représailles ou par dépendance financière
L’enlèvement tragique de la mère et de la sœur de l’ancien ministre Tibou Kamara, à leur domicile de Dinguiraye par des inconnus, rappelle que nulle femme n’est à l’abri. Cet événement souligne l’urgence de protéger non seulement les droits, mais aussi l’intégrité physique des citoyennes guinéennes.
En définitive, la protection juridique des femmes est indissociable de leur autonomisation économique. Une femme autonome est une femme qui a les moyens de dire « non » à l’injustice. En agissant de concert sur l’éducation, le droit et l’économie, la Guinée pourra enfin offrir à ses filles un avenir où la justice n’est plus un luxe, mais un droit inaliénable.
Pa r makale toure