Un petit tour d’horizon peu reluisant et non exhaustif…
Un homme qui, à peine entré dans ses fonctions, est déjà usé et figure parmi les personnalités les plus impopulaires du pays n’a pas vocation à mobiliser et séduire un électorat loin d’être acquis, attentif à la moralité et à la réputation de chacun. On ne peut avoir défendu une cause au prix de la vie de nombreux de ses concitoyens et de leur intégrité physique et morale, puis faire volte-face en toute tranquillité. On ne peut se renier, se déjuger, se contredire sans précautions ni tact, et s’attendre à être encore écouté, respecté et suivi par une opinion qui se sent flouée. On ne peut défendre une chose et son contraire et rester audible et crédible. Et quand on s’est disqualifié soi-même aux yeux du monde, on ne peut être un atout pour un quelconque candidat ni lui servir de joker.
Cet autre s’est montré clivant et a creusé seul sa tombe politique. Chaque fois qu’il a eu à s’exprimer, il a provoqué un scandale ou déclenché une virulente polémique. Il n’a pas réussi le tour de force de s’imposer auprès des siens, et peine à séduire un électorat qui se refuse à lui malgré ses circonvolutions idéologiques et toute l’énergie déployée. Un berger sans troupeau n’a pas de poids pour rallier quelqu’un à une cause ou peser dans une élection.
Un des postulants croit qu’il suffit de détenir le cordon de la bourse pour se révéler un génie politique ou s’imposer comme un levier potentiel d’une campagne dans un contexte de crise politique latente. Ce n’est pas en se trémoussant frénétiquement devant les caméras, applaudissant à tout rompre sur un air de niaiserie dans une bamboula politique, que l’on se taille un manteau de leader ni que l’on devient un « entrepreneur » côté à la bourse électorale.
D’autres encore voudraient jouer simplement de leur proximité avec le candidat pour rafler la mise.
Dans un passé récent, le hasard a joué un rôle clé et décidé de nombreuses trajectoires : on a pratiquement procédé par un tirage au sort. Mais à ce stade d’évolution du régime, dans une phase aussi cruciale de l’histoire politique du pays, les cooptations par affinité ou les choix de complaisance peuvent être suicidaires.
Chacun continue de se croire éligible à tous les postes, apte à accomplir toutes les missions, mais il faudrait comprendre qu’aujourd’hui rien ne se fait et ne se décide à la seule discrétion du chef. Le diktat populaire a succédé au fait du Prince à une époque de toutes les révolutions et de défiance envers les institutions et ceux qui sont censés les incarner.
La perception de l’opinion et ses attentes sont désormais les véritables critères et repères pour tous les gouvernants. Sinon, c’est la censure populaire et le désaveu politique qui se traduisent aussi bien par les défaites électorales que la chienlit.
Alors, le capitaine perd le contrôle du gouvernail, seul au milieu de la tempête, dans la solitude du pouvoir face aux vents contraires. Les rats auront déjà quitté le navire qu’ils ont contribué à couler par leur boulimie, leur folie de grandeur, leurs conflits d’intérêts et leurs jeux de pouvoir absurdes.
Chez nous, les régimes changent, mais les pratiques restent les mêmes, et les mœurs politiques n’évoluent guère.
La malédiction de l’éternel recommencement.
Tibou Kamara