๐ฬ ๐๐ก๐๐๐ฎ๐ง ๐ฌ๐จ๐ง ๐ฆ๐ฬ๐ญ๐ข๐๐ซ, ๐ฌ๐ ๐๐ฬ๐๐ข๐ฌ๐ข๐จ๐ง, ๐ฌ๐จ๐ง ๐๐๐ฌ๐ญ๐ข๐ง (๐๐๐ซ ๐๐ข๐๐จ๐ฎ ๐๐๐ฆ๐๐ซ๐)
ยซ Vous savez, la politique, contrairement ร ce que beaucoup de gens pensent ou croient, est aussi un mรฉtier. Cโest รฉgalement une vocation qui exige une formation. Il faut ร la fois avoir la vocation et la formation ยป, prรฉvenait Jacques Chirac.
Aujourdโhui, face aux inepties, aux postures suicidaires et aux propos saugrenus de ceux qui sโessayent bon an mal an ร la politique, ou y entrent par effraction dans notre pays, on ne peut que lui donner mille fois raison.
Il est รฉvident que dans la sphรจre publique et lโarรจne politique, lโapprentissage des novices est aussi laborieux pour eux que nocif pour la sociรฉtรฉ. Exercer un mรฉtier pour lequel on nโest ni douรฉ ni qualifiรฉ est une entreprise pรฉrilleuse. Que dโapprentis sorciers empรชchent les Guinรฉens de respirer, de vivre et de dormir, tant par leurs nuisances sonores que par leurs graves atteintes ร la pudeur ! Les mลurs permissives prolifรจrent avec une agressivitรฉ incroyable. Les dรฉclarations licencieuses et incongrues abondent.
Dans lโespace public, dโordinaire sacrรฉ et rรฉservรฉ aux รฉlites รฉclairรฉes et aux leaders dโopinion expรฉrimentรฉs, pour qui le dรฉbat, voire la polรฉmique, nโa pas de secret, ce sont les mauvaises herbes qui poussent comme des champignons. ยซ Lโesprit est comme un jardin : si tu nโy plantes pas des fleurs, de mauvaises herbes y pousseront ยป, remarquait Victor Hugo. Avons-nous plantรฉ des fleurs pour รฉviter que les mauvaises herbes ne nous envahissent ?
Cette question vaut autant pour le champ politique que pour la pyramide administrative. Ceux qui exercent des responsabilitรฉs publiques et gravissent les plus hautes marches de lโรtat ont, pour la majoritรฉ dโentre eux, lโair ยซ dโObรฉlix tombรฉ dans la marmite du druide ยป. ร l’image du hรฉros de bande dessinรฉe qui est โtombรฉ dans la potion
magique รฉtant petitโ, ils bรฉnรฉficient d’un pouvoir ou d’un statut qu’ils n’ont pas consciemment cherchรฉ ou mรฉritรฉ. Leur position semble รชtre le fruit du hasard ou d’un coup de chance, et non celui d’une compรฉtence acquise par l’รฉtude et l’expรฉrience, donnant cette impression dรฉroutante d’un pouvoir non maรฎtrisรฉ, presque accidentel.
Le mal guinรฉen se rรฉsume ร ceci : l’homme qu’il ne faut pas, placรฉ oรน il ne faut pas, au mauvais endroit, au mauvais moment. Autant dire la mauvaise personne. Le hasard et la ยซ chance ยป sont invoquรฉs plus que les aptitudes et les parcours. Beaucoup se trompent de vocation et se retrouvent dans des carriรจres et des vies quโils ne maรฎtrisent pas, auxquelles ils ne sont ni prรฉparรฉs ni destinรฉs.
La politique illustre mieux que tout autre domaine le mรฉlange des genres et la confusion des rรดles. On disait de lโarmรฉe, sous nos cieux, quโelle รฉtait le refuge des ratรฉs ; dรฉsormais, la politique est le terrain de jeu favori des aventuriers et des tonneaux vides. Il nโy a plus ni filtres ni tabous. Cโest la grande cour de rรฉcrรฉation. Aussi la politique a-t-elle perdu ses lettres de noblesse, et ceux qui en sont passionnรฉs trouvent peu de grรขce aux yeux dโune opinion qui la voit comme une entreprise crapuleuse.
Chez nous, la perception de la politique et le regard portรฉ sur ceux qui sโy engagent sont dรฉgradants et avilissants. ร juste titre, car cโest plus souvent une โnรฉcessitรฉ alimentaireโ quโun engagement noble et gratifiant. La rupture annoncรฉe bute sur lโimpossible reconversion des mentalitรฉs. La sociรฉtรฉ refuse le changement. Cโest le rรจgne du statu quo, avec des discours figรฉs et des pratiques qui reviennent toujours au galop.
รTRE CANDIDAT, UN ACTE LIBRE ET NON CONTRAINT
Les rรฉgimes finissent toujours par tomber, et sur leurs ruines, la dรฉmagogie refleurit dans l’humus de ralliements systรฉmatiques et dโune culture dโobsรฉquiositรฉ profondรฉment ancrรฉe. On croirait revivre la mรชme รฉpoque, comme si lโon se baignait plusieurs fois dans le mรชme fleuve, tรฉmoin dโune rรฉsurrection du pouvoir dรฉchu avec ses ombres, ses fantรดmes et son cortรจge de revenants et dโanciens prophรจtes. Le vent souffle, mais l’aiguille de l’horloge ne tourne pas. Il y eut une destitution, mais la vรฉritable succession attend toujours.
Tous les chefs dโรtat ont eu leur moment de gloire et leur รฉtat de grรขce, bรฉnรฉficiรฉ dโune allรฉgeance avant que les nuages ne sโamoncellent au-dessus de leurs tรชtes. Chacun garde le pouvoir aussi longtemps que les dieux le veulent, que la nature le permet, et que le peuple, souvent rรฉsignรฉ, se montre accommodant. Les Guinรฉens signent en blanc des chรจques ร leurs dirigeants et prennent chroniquement leur mal en patience.
Quโร cela ne tienne !
Lโaspiration ร devenir Prรฉsident de la Rรฉpublique nโest ni dโordre divin ni un engagement collectif. Elle est trรจs personnelle, discrรฉtionnaire et intime : cโest dโabord lโaffaire de celui qui ambitionne de prรฉsider aux destinรฉes dโune nation. Ce dรฉsir peut devenir une obsession : ยซ Jโy pense mรชme en me rasant ยป, a-t-on entendu dire, signe quโil ne peut y avoir de doute ni dโhรฉsitation dans la course au fauteuil prรฉsidentiel. Ce nโest donc pas un acte manquรฉ, mais un choix dรฉlibรฉrรฉ et assumรฉ que personne ne peut faire ร la place dโun autre.
Pour รชtre chef de lโรtat, que ce soit par les urnes ou par un coup de force, il faut en avoir la volontรฉ et le dessein dans le for intรฉrieur et la conscience profonde. On ne peut agir par dรฉlรฉgation ou procuration. Cโest une dรฉcision qui n’appartient qu’ร soi.
Or, certains prรฉtendent que lโon devient Prรฉsident sous la contrainte, la menace ou lโintimidation. Sโagirait-il alors de sรฉvices ou de travaux forcรฉs ? Si briguer la magistrature suprรชme dรฉpendait du bon vouloir, des humeurs, ou de pressions et influences contraires au libre arbitre, cela voudrait dire quโon a subi une contrainte, quโon nโa pas pris la dรฉcision en son รขme et conscience.
Lโacte de candidature ร la prรฉsidentielle doit รฉmaner dโabord de la personne concernรฉe, avant que dโautres, adhรฉrant au projet et partageant lโambition, nโapportent leur soutien. On ne met pas la charrue avant les bลufs. Il faut donc laisser chacun dรฉcider librement et en pleine conscience avant toute campagne.
Comme par hasard, seule la candidature de celui qui est dรฉjร au pouvoir est sollicitรฉe, rรฉclamรฉe ร grand bruit, tandis que dโautres, qui se sont dรฉclarรฉs, ne voient ni foule ni clameurs ร leur porte. Certains hommages ont des accents dโoutrage, et dโautres sollicitations ressemblent ร une offense au chef de lโรtat lui-mรชme, dont on infantilise la fonction et quโon expose ร la vindicte publique. Assurรฉment, il y a plus royalistes que le roi en Guinรฉe !
Il faut respecter lโhonneur du pays, la dignitรฉ de la fonction prรฉsidentielle et les rรจgles dรฉmocratiques. Si le peuple a dรฉjร choisi avant les urnes censรฉes dรฉpartager les candidats dans une compรฉtition prรฉtendument ouverte et loyale, alors organiser des รฉlections et mener une campagne perd toute opportunitรฉ, intรฉrรชt et finalitรฉ.
Si chacun faisait ce pour quoi il est rรฉellement compรฉtent, le pays irait mieux, la politique retrouverait sa noblesse et nos dirigeants gagneraient la tranquillitรฉ nรฉcessaire ร une bonne gouvernance.