- ๐๐ฏ๐จ๐ง๐ฌ-๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐๐จ๐ง๐ฌ๐๐ข๐๐ง๐๐ ๐ช๐ฎ๐ ๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐ฌ๐จ๐ฆ๐ฆ๐๐ฌ ๐ญ๐จ๐ฎ๐ฌ ๐ฉ๐ฬ๐๐ก๐๐ฎ๐ซ๐ฌ ๐๐ญ ๐ช๐ฎ๐ ๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐ฏ๐ข๐ฏ๐จ๐ง๐ฌ ๐๐ฏ๐๐ ๐ฅ๐ ๐ฆ๐จ๐ซ๐ญ ? (๐๐๐ซ ๐๐ข๐๐จ๐ฎ ๐๐๐ฆ๐๐ซ๐)
Chaque fois que nous avons tendance ร nous prendre pour Zeus trรดnant sur lโOlympe, roi des dieux et des hommes, et que nous tombons dans lโorgueil de la toute-puissance qui nous fait croire maรฎtres de la terre et du ciel, Dieu se rappelle ร nous en se rรฉvรฉlant et en dรฉployant ne serait-ce quโune infime partie de son pouvoir incommensurable. Lorsque lโhomme, dans lโeuphorie de la gloire et lโรฉtourderie de ses exploits personnels dโun moment, pense รชtre le maรฎtre des horloges et pouvoir rรฉgner sur la nature, il dรฉcouvre, ร ses dรฉpens, son extrรชme fragilitรฉ et son impossible immortalitรฉ.
Seuls les hommes de foi, pรฉtris dโhumilitรฉ et de sagesse, capables de dignitรฉ et de sobriรฉtรฉ, ne profitent pas des รฉvรฉnements tragiques pour faire de la politique incongrue ou prononcer des discours clivants et misรฉrables. Ce nโest pas le moment idรฉal pour les querelles de lรฉgitimitรฉ, les batailles de bilans, les exhibitions publiques thรฉรขtrales, les guerres dโimages, lโauto-promotion ou les รฉlans de sympathie folkloriques. ยซ Cโest au malheur ร juger du malheur ยป, enseigne Chateaubriand dans son essai surโฆ les rรฉvolutions !
Le pays pleure ses nombreux morts, les familles sinistrรฉes et meurtries attendent une assistance spontanรฉe et dรฉsintรฉressรฉe de tous pour soulager leurs peines et leurs souffrances indicibles. Le deuil nโest ni un dรฉcor pour la parodie, ni une comรฉdie, ni une cause de stigmatisation facile. Il interdit les polรฉmiques stรฉriles, les postures opportunistes et clientรฉlistes grossiรจres. Il ne faut pas mรชler lโego personnel et la passion ร tout, et nโavoir en tรชte, mรชme dans un drame national, au risque de souiller des mรฉmoires et dโapparaรฎtre comme un sinistre croque-morts, que sa seule survie dans des fonctions รฉjectables. Placer lโhomme quโil ne faut pas ร la place quโil ne faut pas, cโest comme mettre un รฉlรฉphant dans un magasin de porcelaine. Cโest cette maladie aussi des administrations bananiรจres. Lโรขge dโor, osons lโespรฉrer, finira par arriver. En attendant, gare ร lโeffet de contagion faรงon Choguel Maรฏga du Mali, et surtout attention au syndrome de lโhybris, qui ressemble ร un flรฉau national.
Pauvre Guinรฉe ! Elle traverse des heures sombres de calamitรฉs foudroyantes, comme si la nature sโacharnait contre le pays, comme si Dieu รฉtait fรขchรฉ contre son peuple et se dรฉtournait de chacun et de tous. Des pluies diluviennes, des glissements de terrain, des incendies, des accidents de la circulation : autant de calamitรฉs qui sโabattent sur le pays, autant de drames qui endeuillent des populations dรฉjร รฉprouvรฉes par le quotidien. Toutes ces catastrophes, dues aux intempรฉries ou qui surviennent par le fait des hommes, suscitent รฉmotion, frayeur et profonde dรฉsolation. Tout le monde est concernรฉ et consternรฉ. Personne nโest indiffรฉrent ร cette succession de malheurs. Dโoรน lโรฉlan national de sympathie et la chaรฎne de solidaritรฉ en faveur des victimes.
THรรTRE DES VANITรS EN TEMPS DE DEUIL
Des vies prรฉcieuses ont รฉtรฉ brutalement arrachรฉes, des demeures souvent de fortune ont รฉtรฉ littรฉralement dรฉtruites. Des familles entiรจres ont รฉtรฉ tragiquement anรฉanties. Nos cลurs ร tous saignent. Tous, nous sommes affligรฉs, orphelins de nos compatriotes disparus, trop tรดt, dans lโhorreur, emportรฉs par les eaux ou engloutis sous les dรฉcombres. La nation retient son souffle. Dans les รฉpreuves, comme dans la douleur, on rรฉalise mieux la communautรฉ de destin. Il semble plus facile de pleurer ensemble le malheur que de bรขtir, dans un mรชme รฉlan de fraternitรฉ, de patriotisme et dโacceptation mutuelle, le bonheur de chacun et la prospรฉritรฉ du pays.
Dans la difficultรฉ et face au danger, les Guinรฉens savent sโunir. Le reste du temps, ils sont douรฉs pour se donner des coups et se dรฉtruire. On ne se sent bien quโaprรจs avoir fait du mal, ne se sent fort que lorsquโon a le sentiment dโavoir soumis tous ร sa volontรฉ, ne se sent tranquille que quand on nโa plus rien ni personne devant soi. Le vide profite ร qui ? Comprenne qui pourra.
Et pourtant, personne ne connaรฎt les secrets des dieux pour savoir ce que le sort lui rรฉserve, tout ce que la nature pourrait lui infliger. Jusquโau bout, notre destinรฉe ร chacun sera incertaine et incontrรดlable, nos vulnรฉrabilitรฉs freineront notre marche et limiteront lโhorizon de nos prรฉtentions. Nous nโavons pas le pouvoir ni les moyens de garantir le meilleur, dโรฉviter et de prรฉvenir le pire. ร chaque instant, la terre pourrait se dรฉrober sous nos pieds, le ciel pourrait nous tomber sur la tรชte. Au propre comme au figurรฉ.
Tous, nous ne sommes que de simples figurants et spectateurs de notre destin : aucun dโentre nous ne sait quand sa vie sโarrรชtera, quand viendra la mort. On le voit tous les jours : les voies du Seigneur sont impรฉnรฉtrables.
Lโhomme, dit-on dans certaines religions, est ร lโimage de Dieu, dont il ne peut cependant avoir les pouvoirs ni lโinfinie sagesse et misรฉricorde. Lโhomme sโefface avec les annรฉes dans le temps, tandis que Dieu, omnipotent, demeure dans lโรฉternitรฉ. Restons donc humains, humbles, en ayant les pieds sur terre, mรชme si, dans lโinsouciance des beaux jours, il nous arrive de nous croire aussi hauts que le ciel.
รvitons surtout de nous considรฉrer comme Dieu le Pรจre, parce que Lui, si jaloux de sa suprรฉmatie, pourrait, en guise de reprรฉsailles, abattre ses foudres sur nous.
Chaque homme, comme chaque peuple, est, dโune certaine maniรจre, responsable de son bonheur et demeure l’artisan de son malheur : Dieu rรฉcompense toujours le bien comme il ne manque pas de punir le mal. ร chacun de choisir sa voie, ร tout peuple de faire son choix.