Accueil Actualité Conakry : Une centrale à béton à Bellevue menace la santé des...

Conakry : Une centrale à béton à Bellevue menace la santé des riverains et l’environnement .

 

Conakry : Une centrale à béton à Bellevue menace la santé des riverains et l’environnement .

Installée au bord du bras de mer de Bellevue Corniche, derrière la station Total, la centrale à béton de la société AfriBéton, mise en place par des entrepreneurs libanais, turcs et guinéens, suscite de vives inquiétudes parmi les riverains et les défenseurs de l’environnement.

D’une capacité de production estimée à 320 tonnes de béton par mois, cette installation est pointée du doigt pour la pollution atmosphérique et hydrique qu’elle engendre.

Son implantation en zone résidentielle soulève des interrogations sur son impact sur la santé publique, la biodiversité marine et l’écosystème local.

De plus, la construction de cette usine sur une zone de drainage naturel présente un risque accru d’inondations en saison des pluies, une situation qui préoccupe autant les habitants que les spécialistes.

Un nuage de poussière aux conséquences sanitaires alarmantes

Chaque jour, la centrale à béton rejette d’importantes quantités de poussière dans l’atmosphère, exposant les populations riveraines à des maladies respiratoires.

« Nous avons constaté une augmentation des cas d’asthme et de bronchite dans le quartier (…). », témoigne le Dr M. Sylla, médecin généraliste dans une clinique de Dixinn.

Des fissures visibles sur la clôture de l’une des concessions contiguës à l’usine.

« Les particules fines issues de la production de béton, composées de silice cristalline et d’autres substances toxiques, sont reconnues pour leurs effets néfastes sur la santé. Elles peuvent provoquer des maladies pulmonaires chroniques comme la silicose et accentuer les risques de cancer du poumon. », a jouté le Dr Sylla.

Les particules de ciment, chargées de chaux et de métaux lourds, aggravent également les affections dermatologiques et oculaires, accentuant la précarité sanitaire des populations exposées.

Les habitants se plaignent de la présence omniprésente de la poussière. « La poussière est partout, sur nos vêtements, dans nos maisons, sur nos aliments. On a même du mal à cuisiner dans notre cour. L’implantation de cette usine nous affecte énormément, non seulement par le bruit nocturne incessant, mais surtout par la pollution due aux nuages de poussière qu’elle dégage. Nous souffrons en permanence de problèmes respiratoires et d’irritations oculaires. À plusieurs reprises, nous avons alerté les autorités locales, mais nous n’avons reçu aucune réponse satisfaisante. », déplore M’Balou Kaba, une riveraine.

Un cadre du ministère de l’Environnement, sous couvert d’anonymat, confirme que l’usine n’aurait pas dû voir le jour à cet endroit, signalant des « manquements administratifs » dans le processus d’autorisation.

Des fissures dans les maisons : un danger sous-estimé

Outre les problèmes de pollution, les habitants constatent d’importantes dégradations sur leurs habitations. Le bruit assourdissant des moteurs et les vibrations causées par l’activité intense de la centrale fragilisent les structures des maisons.

« Nos murs se fissurent de plus en plus, et certaines maisons ont des sols bétonnés qui commencent à se détériorer. C’est un vrai danger, surtout en saison des pluies. », prévient Amadou Soumah, un riverain.

Selon Dr. Abdoulaye Touré, géologue, ces fissures sont causées par des vibrations prolongées affectant la structure du sol et des bâtiments environnants.

Le directeur communal de l’environnement de Dixinn confirme ces faits et souligne que les recommandations faites à la centrale pour limiter ces nuisances n’ont pas été respectées.

Des risques d’inondations accrus en saison des pluies

L’implantation de l’usine dans une zone initialement destinée au drainage des eaux pluviales inquiète les riverains et les experts.

« L’installation de cette infrastructure a modifié l’écoulement naturel des eaux pluviales. En saison des pluies, le risque d’inondation est très élevé car la voie d’évacuation des eaux a été obstruée. », explique Abdourahmane Condé, un habitant du quartier.

Souleymane Camara, expert en gestion urbaine et environnementale, tire aussi la sonnette d’alarme.

« Construire une usine de cette envergure dans un espace servant de drainage est une aberration urbanistique. Cela accroît le risque d’inondations et met en péril les infrastructures environnantes. », a-t-il prévenu.

Un bras de mer transformé en décharge

En plus des nuisances sonores et de la pollution atmosphérique, la centrale est accusée de transformer le bras de mer en une véritable décharge à ciel ouvert.

Des déchets industriels et des rejets de ciment visibles le long de la berge.

Des immondices, des déchets industriels et des rejets de ciment sont visibles le long de la berge, contribuant à la destruction de l’écosystème marin.

Moussa Bangoura, expert en pêche et produits halieutiques, prévient : « La pollution chimique du bras de mer entraîne la destruction des habitats naturels et affecte la reproduction de nombreuses espèces marines.»

De l’avis de cet expert, les hydrocarbures et additifs chimiques présents dans les rejets de béton altèrent la qualité de l’eau et contribuent à l’acidification du milieu marin, rendant certaines zones inhabitables pour la biodiversité locale.

De son côté, l’architecte Sory Kaba dénonce « l’occupation anarchique des domaines publics maritimes (DPM). » et appelle à une régulation stricte pour préserver ces espaces vitaux.

Le directeur communal de l’environnement de Dixinn appuie ces accusations. Lors d’une inspection dans l’usine, il affirme avoir lui-même surpris des ouvriers en train de déverser des déchets industriels dans le bras de mer, témoignant de l’ampleur de la pollution engendrée par la centrale.

Des autorités locales et des ONG en colère

Plusieurs voix s’élèvent contre cette implantation en zone résidentielle, estimant qu’elle aurait dû être installée dans une zone industrielle.

« Nous avons été mis devant le fait accompli (…). », a regretté un représentant du conseil de quartier.

Mohamed Lamine Fofana, chef de famille, dénonce vivement la proximité de l’usine avec les habitations, tout en pointant du doigt la complaisance des autorités communales.

« L’installation de cette usine dans notre quartier a marqué le début de nos souffrances, en raison de la pollution causée par la poussière nauséabonde qu’elle dégage. Nous avons à plusieurs reprises porté plainte auprès des autorités locales, notamment le chef de secteur et le chef de quartier, mais sans succès. Cette usine s’est implantée ici alors que nos concessions existaient déjà avec leurs habitants, mais nous n’avons ni les moyens ni la force de nous faire entendre face à la poussière qui envahit nos maisons et ses nombreuses conséquences. Nos enfants sont exposés chaque jour aux maladies pulmonaires à cause de ces nuages de poussière. Cela ne peut plus continuer ! Aujourd’hui, nous lançons un appel aux hautes autorités pour qu’elles nous viennent en aide et nous protègent des dangers qui nous menacent dans ce quartier. », a-t-il martelé.

Des traces de pollution dans le bras de mer.

Alpha Diallo, membre d’une ONG environnementale, alerte sur les conséquences écologiques de l’activité industrielle dans la zone : « L’eau est devenue trouble, la faune aquatique est menacée. »

La direction de l’usine refuse de communiquer 

Contactée à plusieurs reprises par Conakry Infos, la direction de l’usine AfriBéton n’a pas souhaité répondre à nos questions, malgré plusieurs rendez-vous sollicités avec son directeur.

Elle n’a donc pas apporté d’éclaircissements sur les accusations formulées par les riverains et les défenseurs de l’environnement.

Une réglementation urgente et indispensable

Si la production de béton est essentielle au développement urbain, elle ne peut se faire au détriment de la santé publique et de l’environnement.

L’implantation de cette centrale en zone résidentielle révèle de graves lacunes dans le respect des normes environnementales et la planification urbaine en Guinée.

Face à la grogne croissante, les autorités de la transition, qui ont fait de la protection de la santé publique et de l’environnement une priorité sous l’impulsion du Chef de l’État, le général Mamadi Doumbouya, sauront-elles agir pour préserver les populations et leur cadre de vie ?

L’avenir nous le dira.

Boua King K.

Tel : 656 85 20 20

 

À LIRE AUSSI

 

 

 

.Des traces de pollution dans le bras de mer.

Alpha Diallo, membre d’une ONG environnementale, alerte sur les conséquences écologiques de l’activité industrielle dans la zone : « L’eau est devenue trouble, la faune aquatique est menacée. »

La direction de l’usine refuse de communiquer 

Contactée à plusieurs reprises par Conakry Infos, la direction de l’usine AfriBéton n’a pas souhaité répondre à nos questions, malgré plusieurs rendez-vous sollicités avec son directeur.

Elle n’a donc pas apporté d’éclaircissements sur les accusations formulées par les riverains et les défenseurs de l’environnement.

Une réglementation urgente et indispensable

Si la production de béton est essentielle au développement urbain, elle ne peut se faire au détriment de la santé publique et de l’environnement.

L’implantation de cette centrale en zone résidentielle révèle de graves lacunes dans le respect des normes environnementales et la planification urbaine en Guinée.

Face à la grogne croissante, les autorités de la transition, qui ont fait de la protection de la santé publique et de l’environnement une priorité sous l’impulsion du Chef de l’État, le général Mamadi Doumbouya, sauront-elles agir pour préserver les populations et leur cadre de vie ?

L’avenir nous le dira.

Boua King K.

RELATED ARTICLES

Most Popular