Je suis kassory ! (L’édito)
Chaque jour en prison est une vie perdue, du temps qu’on ne peut rattraper, un moment qu’on regrette toujours. A l’âge de la sagesse et du plein accomplissement, il n’y a pas d’autres enjeux, à la vie que d’œuvrer pour la vertu et de s’engager pour les grandes causes. A cet âge d’or où on souhaite consacrer sa force à construire l’héritage qu’on veut laisser à la posterité, on a plus d’amertume encore à vivre dans l’enfer d’une prison ou à subir la peine d’un bannissement. Ibrahima Kassory Fofana et ses compagnons d’infortune n’ont toujours pas recouvré leur liberté suspendue à un décret du Prince plus qu’elle ne dépend de l’autorité de la loi qui s’est prononcée déjà en leur faveur, ou de leur innocence, ne souffrant de l’ombre d’aucun doute. Bref, on a quitté depuis longtemps le domaine de la Loi qu’il est d’ailleurs aberrant d’invoquer dans un contexte de règne du plus fort et de primauté des armes. La justice ne peut être rendue encore moins prospérer quand elle devient le bras armé d’un régime ou l’arme de dissuasion pour un homme au pouvoir. Alors, qu’on cesse d’attendre un jugement qui ne viendra peut-être jamais avec ceux qui y perdront la face ou ne se fera que pour donner raison à ceux qui ne supporteraient pas d’avoir tort devant leurs victimes innocentes. Quand on a une pierre à la place du cœur, on ne peut avoir aucun poids sur la conscience parce que c’est l’empathie qui nourrit les scrupules.
Ibrahima Kassory Fofana est un des nôtres qui n’a pas triché pour gravir les échelons. C’est une des plus éminentes et respectables personnalités de notre pays. Il a droit à la solidarité, lui, qui fut le soutien aveugle de ses compatriotes dans le besoin ou pris dans l’étau de différentes cabales. Ne peut-on pas lui renvoyer l’ascenseur ? Est-il aussi difficile de secourir une victime, un innocent ?
La Guinée est le pays du “chacun pour soi”. Et tant qu’il en sera ainsi, personne ne s’en sortira jamais, chacun sera un jour ou l’autre brimé à son tour dans la spirale de violence et la vague d’injustices qui, telle une malédiction, fauchent le pays.
Il faut du courage pour s’indigner et se révolter, de la générosité pour épouser la cause des autres.
Kassory, lui, ne doute pas que tout ce qui ne tue pas rend fort comme il est certain qu’il souffre parce qu’il ne veut pas voir la Guinée souffrir, parce qu’il refuse que le Guinéen soit la risée du monde. Un destin salutaire de patriote déchaîné qui continue de se sacrifier pour tous, sans rancœurs ni complaintes !
Thierno Hassan Sakho